
Carole fives, en écrivant ce ce livre, quelle était votre première intention ?
« C’était de croquer des gens avec des choses que je perçois quand je les rencontre. C’est essayer de les percer à jour en me mettant dans leur peau et en prenant la parole à leur place pendant quelques pages. »
C’est donc une galerie de portraits, de destins qui se croisent...
« Ce sont trente monologues, tous isolés dans leur cas. Quand ils se croisent, c’est toujours de manière très superficielle. Ils sont juste une solitude à côté d’une autre solitude... »
Le titre Quand nous serons heureux semble indiquer que le bonheur, c’est toujours pour demain. Selon vous, au présent, on vit mal...
« Oui, c’est le cas pour la trentaine de protagonistes. Ils sont tous dans l’attente. Ce qui les rend malheureux, c’est de penser que ça va arriver demain. Ils pensent toujours qu’un jour viendra où ça ira mieux, que ça dépend d’un détail, de la relation avec le père, d’une opération de chirurgie esthétique, etc. Ils sont à la recherche d’un déclic et on se rend compte qu’ils ne sont pas forcément sur le bon chemin. »
N’est-ce pas leur quête de bonheur qui les rend malheureux ?
« Tout à fait. Ça correspond à la société d’aujourd’hui, à la publicité. Vous serez heureux quand vous aurez acheté telle bagnole, vous serez heureux le jour où, le jour où... Quand on a quelque chose, on ne s’en rend pas compte. C’est une quête effreinée qui est une cause de désespoir. »
On sent qu’aujourd’hui, il y a une obligation d’être heureux et une culpabilité à ne pas l’être, non ?
« Oui, c’est vrai. Si on n’est pas heureux, on est un looser. Il y a toujours une espèce de comparaison entre les gens. On pense toujours que c’est mieux chez les voisins. C’est un peu le fond très contemporain du livre. »
Vous vous amusez des gens qui se précipitent sur les livres de développemement personnel. Pourquoi ?
« Parce que c’est aller chercher des recettes toutes faites. On est dans une société dans laquelle on est toujours à la recherche d’astuces. Finalement, c’est consommer vite fait pour aller mieux très vite. Ça montre un état de grand désarroi, je trouve.»
Recueilli par Sébastien Arnold
Interview publiée dans Croix du Nord le 13/08/2010.
Aux éditions Le passage, 14 euros.
